"VOUS AIMEZ le cirque et, fasciné par le magicien qui coupe une femme en deux, vous en oubliez que le numéro repose sur une astuce. Vous le voyez vingt, trente fois. Un beau jour, en coulisses, on démonte devant vous la boîte à illusion. Et vous vous demandez : comment ai-je pu me laisser prendre ?
La cour d'assises d'appel de Paris a ouvert la boîte truquée d'Outreau. Sous la conduite de la présidente Odile Mondineu-Hederer, chacun comprend comment beaucoup s'y sont laissés prendre. Comment, début 2001, les accusations de quatre enfants contre leurs parents, le couple Delay-Badaoui, sont devenues la monstrueuse machination judiciaire qui a conduit dix-huit adultes accusés de pédophilie en prison. Comment un jeune juge, épaulé par le parquet de Boulogne-sur-Mer et la chambre de l'instruction de Douai, encouragé par un quarteron de psychologues plus militants qu'experts, poussé à la roue par le Conseil général du Pas-de-Calais, a transformé l'instruction en numéro de passe-passe. La cour entend à présent les accessoiristes.
A la barre, Thierry Delay, le père incestueux de la Tour-du-Renard, condamné à vingt ans de prison à Saint-Omer. On l'avait laissé avachi, hirsute, quasi autiste. Le voici souriant, rasé, disert. Vêtu d'une veste marron, les mains dans le dos, l'oeil vif, on dirait qu'il est venu chercher les six accusés pour les emmener cueillir des champignons.
La présidente : «Qu'avez-vous à déclarer ?»
Thierry Delay : «Je souhaite que ces six personnes soient acquittées. On n'était que quatre : moi, mon ex-femme Myriam, David Delplanque et Aurélie Grenon. Les autres ont toutes été inculpées par mon ex-épouse, et sont innocentes. Ça me fait mal qu'ils sont là. Ils ont été arrêtés en novembre 2001. J'ai écrit au juge pour dire que j'étais pas d'accord.»"
(source :
le figaro)